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RECIDIVE

ou quand le ridicule finira par tuer !

Au vu des nombreuses réactions parues ça et là sur internet, les chefs d’établissement n’ont visiblement pas apprécié l’article dans lequel le SNES faisait observer les dérives autoritaristes de certains d’entre eux concernant la campagne de notation administrative.

Ils seraient confrontés à des agissements visant à les désigner comme incompétents et à les frapper d’indignité ! On parle même d’une intention délibérée d’intimider et d’avilir : les chefs d’établissements sont présentés comme des victimes mis en difficulté par un syndicat d’enseignant.

Mais que nous reproche-t-on au juste ? D’avoir révélé sur la place publique la façon dont certains chefs d’établissements traitent les enseignants ? D’avoir montré à quel point les critères de notation pouvaient être arbitraires ? S’ils n’ont rien à se reprocher et qu’ils considèrent les faits précédemment exposés sur ce site « normaux », pourquoi les chefs d’établissements se sentent-ils attaqués ? Monsieur Délépine se demande « comment renforcer la confiance en eux-mêmes et l’autorité dont nos chefs d’établissement ont besoin pour exercer leur mission dans les meilleures conditions possible ? Comment espérer les faire respecter de leurs collègues et de leurs élèves s’ils ne le sont pas d’abord par leurs supérieurs hiérarchiques ? » [1]

Dans l’idéal, chefs d’établissements et enseignants devraient oeuvrer ensemble, en tant que collègues, à la réussite des élèves. Malheureusement, c’est bien souvent le contraire, et moult chefs d’établissements répètent sans vergogne aux enseignants qu’ils sont leurs « supérieurs hiérarchiques » et que ces derniers leur doivent obéissance ! Au lieu de créer un climat de confiance propice à la concertation, et dont chaque membre de la communauté éducative tirerait profit, certains chefs d’établissement préfèrent régner par l’intimidation et font place nette par l‘arbitraire. Alors de quels « collègues » parle-t-on ?

Dernier fait en date, certains des collègues, qui ont osé contester leur notation administrative et dont nous avions parlé sur ce site, se sont vus inspectés « suite à la demande de leur chef d’établissement », voire du recteur ! On connaissait les missions d’évaluation, d’animation et d’impulsion, de formation, et d’expertise définies par la note de service de 2005 [2]. Manifestement il en existe une autre : la mission de soutien à l’autorité du chef d’établissement. L’an dernier, le SNES avait déjà dénoncé le fait que des inspecteurs se déplacent, à la demande de chefs d’établissement, voire de parents d’élèves, pour effectuer des inspections sanctions qui se transformaient rapidement en entretiens préalables de licenciement vis-à-vis de nos collègues non-titulaires. En début d’année, nous avons dû écrire à M. le Recteur après qu’un chef d’établissement de Schoelcher a menacé une collègue de lui « coller son inspecteur dans les pattes » ! Nous avons aussi dénoncé les retards d’inspections qui pénalisent lourdement les enseignants dans leur avancement. Quand certains collègues attendent des inspections depuis 1992 (soit plus de 18 ans !), il est proprement scandaleux que des IPR se déplacent pour inspecter des enseignants au simple motif que ceux-ci ne font pas des courbettes à leurs chefs d’établissement !

Dans un récent article sur son site internet, la BBC tirait la sonnette d’alarme sur la situation des enseignants en Grande-Bretagne [3]. En effet, des milliers d’enseignants démissionnent tous les ans. D’après le Teacher Support Network, le mauvais management des chefs d’établissements et la pression qu’ils exercent sur leurs équipes augmentent le stress des enseignants. Quand ces derniers font part de leurs difficultés à leurs supérieurs hiérarchiques, ils ne reçoivent aucune aide mais sont au contraire pointés du doigt. Pourtant des études anglaises ont montré que, quand les établissements scolaires adoptaient une politique visant à protéger et améliorer le bien-être des enseignants, les absences pour maladie diminuaient et les résultats des élèves augmentaient. Le secteur privé français l’a bien compris : c’est en facilitant la vie des salariés qu’on les motive, ce qui explique l’explosion des « conciergeries de service » dans les entreprises. Face à un marché de l’emploi de plus en plus tendu, « les entreprises ont compris qu’elles avaient intérêt à garder leurs talents, et en particulier les jeunes. Comme elles n’ont plus la même latitude pour jouer sur le curseur de la rémunération, elles séduisent leur personnel en les aidant à mieux faciliter l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. ». On propose donc aux employés des crèches sur site, gratuites et aux horaires adaptés, et bien d’autres services tels que le repassage, la relaxation… L’employeur s’y retrouve : les salariés sont plus disponibles, donc plus efficaces. [4]

A l’Education Nationale, on n’est pas prêt de s’appuyer sur ce genre de méthodes : aucune des récentes réformes ne s’est penchée sur l’amélioration des conditions de travail des enseignants. On préfère au contraire des techniques de management d’un autre âge. Les exemples sont nombreux : les collègues dont le chef d’établissement refuse d’aménager l’ emploi du temps pour leur permettre d’allaiter, celles et ceux qui se voient refuser un temps partiel à la naissance de leurs enfants au motif que cela complique le travail des chefs d’établissement pour établir les emplois du temps, celles et ceux à qui l’on concocte des emplois du temps « à trous » et qui ne peuvent en aucun cas travailler dans leur établissement compte-tenu de la vétusté du matériel informatique, celles et ceux qui sont nommés sur deux voire trois établissements à l’année et à qui l’on reproche ensuite de ne pas assez s’investir dans la vie des établissements, celles et ceux que les chefs d’établissements harcèlent à cause de leurs absences pour raisons de santé ou pour garde d’enfant malade et auxquels on demande de rattraper les heures sous peine de se voir prélever d’1/30e sur le salaire. A en croire les chefs d’établissement, les enseignants n’ont pas le droit d’avoir une vie privée : combien d’entre nous se sont entendu dire « Votre priorité, ce sont vos élèves ! ».

Comme cette collègue, mère célibataire de deux enfants, habitant Le Lamentin, qui a été nommée dans le Nord, et dont la chef d’établissement ne comprend pas qu’elle ne puisse pas arriver à 7h25 pour faire cours, compte-tenu des horaires d’ouverture de la crèche !

Que dire de ce père de famille au François auquel le chef d’établissement a refusé d’accorder le mercredi matin et qui lui reproche ensuite ses absences pour garde d’enfants ?

Que dire de tous ces collègues TZR auxquels on donne des emplois du temps sans queue ni tête au prétexte qu’ils sont les derniers arrivés ? Que dire de ces collègues atteints de graves problèmes de santé auxquels on reproche les absences répétées alors qu’au final les remplacements sont du ressort de l’administration ?

Plus grave, quand les enseignants font remonter les incivilités des élèves via des rapports écrits, au lieu de sanctionner ces élèves et de soutenir les enseignants, les chefs d’établissement se servent de ces rapports contre les enseignants et leur reprochent un manque d’autorité.

Que dire de cette collègue des Trois-Ilets qui, convoquée dans le bureau de la principale, s’est retrouvée face à un tribunal composé de membres de l’administration et de collègues, qui ont tenté de lui faire signer des « aveux » dans lesquels elle reconnaissait son manque d’autorité et cela afin de « la protéger et de protéger les élèves » ! En effet au collège des Trois-Ilets, on sait que les parents d’élèves ont pris le pouvoir depuis bien longtemps, et il est plus facile à Mme la Principale de s’en prendre à une enseignante que d’avoir à affronter les élèves et les parents.

Au vu de toutes ces injustices, comment peut-on demander aux enseignants de considérer comme des « collègues », ces nombreux chefs d’établissement qui refusent de les entendre et de comprendre leurs problèmes réels et concrets ? Si seulement ils daignaient prêter attention au malaise des enseignants et tentaient de leur apporter aide et soutien, les chefs d’établissement gagneraient en efficacité ! Si seulement l’Education Nationale se décidait à adopter des politiques de management intelligentes, elle motiverait enfin ses troupes !

Au lieu de cela, les enseignants sont seuls et tous les tiennent pour responsables de la débâcle de l’Education Nationale : quand l’Education Nationale n’a pas d’argent pour engager des remplaçants, c’est la faute de l’absentéisme des enseignants !

Quand les parents d’élèves n’arrivent pas à faire travailler leurs enfants et qu’ils ont de mauvais résultats à l’école, c’est la faute du manque de pédagogie des enseignants.

Quand les chefs d’établissement n’arrivent pas à maintenir l’ordre dans leur établissement, c’est la faute des enseignants qui manquent d’autorité !

Face aux dysfonctionnements du système et à l’incompétence de certains, il est plus aisé de désigner les enseignants comme responsables de tous les maux que de se remettre en question ! Alors, face à leur isolement, comment s’étonner que des enseignants en viennent aujourd’hui à se suicider afin d’attirer l’attention sur leur malaise ?

Notes

[1] http://www.wmaker.net/lenaif/MALAIS...

[2] NOTE DE SERVICE N°2005-089 DU 17-6-2005 BO n° 25 du 30 juin 2005

[3] http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/...

[4] Les Echos 01/09/08

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