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La mort annoncée du Lycée Schœlcher

La mort annoncée du Lycée Schœlcher

Ou comment le partage voulu des pouvoirs entre les différents niveaux politiques peut conduire à la paralysie de tout le système en cas de mésentente ou de désaccord politique et de mauvaise foi d’un acteur… ou de plusieurs !

Le Lycée Schœlcher, le premier lycée de la Martinique [1], le moule qui a formé des générations d’intellectuels martiniquais comme Zobel [2] , Fanon, Césaire et tant d’autres est condamné par le Président de la Région.

Genèse d’un projet de reconstruction

En 2000 et 2001, le SNES du lycée Schœlcher, ayant remporté haut la main les élections au Conseil d’Administration a réuni l’ensemble des syndicats présents alors au lycée (CSTM-UGTM, syndicats formant une liste d’union, indépendantistes et courroie de transmission du parti au pouvoir de Marie-Jeanne, le MIM [3] ; SE-UNSA emboîtant le pas de la CSTM [4] et de l’UGTM [5] ; FO-SNC représenté par son seul adhérent ; le SNES). Il a été proposé aux syndicats de se battre pour obtenir la reconstruction du lycée, vétuste et délabré par le manque d’entretien évident de son propriétaire, la Région [6]. On comprendra le problème de la Région lorsqu’on découvrira qu’en 2000 elle faisait des travaux au compte gouttes sur le budget 1998 ! En 2003, l’ensemble des personnels lancèrent une grève reconductible liée à des travaux non terminées alors qu’on envisageait d’ouvrir le lycée pour la rentrée mettant ainsi en danger la vie des élèves. Tous les jours une nouvelle assemblée générale était tenue pour voter la poursuite de la grève ; et c’est lors d’une AG en présence du nouveau recteur d’alors, Marcel Morabito, que le Secrétaire général pour l’Education s’est écrié – grisé sans doute par le parfum de la grève – qu’on écraserait toute la mulâtraille [7] ….

C’est en 2004, après le mouvement de grève long et dur qui bloqua pendant un mois en 2003 les établissement scolaires de la Martinique que les discussions ont véritablement commencé pour savoir comment on aborderait la question de la reconstruction. Les choses se sont précipitées avec le refus initié par les responsables du SNES de continuer à utiliser un bâtiment délabré que la Région a fini par détruire, obtenant pour se faire le permis de démolir de la ville de Fort-de-France. En 2007, les négociations commencent avec un fond d’hostilité du directeur des services éducation de la Région à l’égard du lycée Schœlcher, lycée qualifié d’élitiste et auquel on annexe aussi le second établissement de Fort-de-France (premier par sa dimension et par bien de ses résultats), le lycée Bellevue. Et le SNES entend ahuri déclarer le même directeur qu’on fera éclater les classes prépas toutes installées quasiment à Bellevue.

Lycée de transit ou pas lycée de transit ?

Les discussions cependant commencent et l’on s’oriente dans un premier temps vers la mise en place d’un lycée de transit à construire pour y accueillir la communauté du lycée Schœlcher le temps de la reconstruction. Jean-Claude Soumbo, le président de la commission éducation à la Région, déclare hésiter entre une reconstruction à neuf ou une reconstruction à l’identique, tandis que le SNES laisse entendre qu’il ne faut pas se faire d’illusion, car le coût d’une reconstruction à l’identique d’un lycée dont certains plafonds s’élèvent à 4 mètres serait prohibitif. Finalement le projet de lycée de transit – malgré un terrain dans une zone amenée à se développer, l’Etang Z’abricot, proposé par la Ville de Fort-de-France – est abandonné par la Région qui estime pouvoir faire des économies en laissant la communauté sur place pendant la reconstruction et en réalisant une opération à tiroirs. Peu à peu, le projet de la Région s’affine et évolue vers la reconstruction d’un nouveau lycée, sur le site de l’ancien.

Un concours est organisé et le projet qui a la faveur de la Région se présente comme une barre qui camoufle en fait des bâtiments distincts séparés les uns des autres par environ 4 m. L’entrée se fait au niveau de l’actuelle entrée principale et une zone est aménagée pour le stationnement des bus qui déposent les élèves. La position des représentants du SNES du lycée est de s’en tenir à la revendication d’un établissement scolaire fonctionnel, qui sera donc neuf, et de se garder d’intervenir sur le caractère esthétique ou la notion de bâtiment historique du lycée Schœlcher. Toutefois, cela n’empêche pas de remarquer que le choix fait par le jury de la Région ne coïncide pas avec celui des personnels.

Une affaire qui roule plus ou moins.

Par la suite, les personnels sont plus ou moins associés. On tiendra compte de certaines revendications en physique et Svt. Par contre, rien concernant nos avertissements quant au caractère bruyant de l’établissement ainsi proposé. Fin de non-recevoir aussi de mettre 2 entrées ouvrant directement sur la coursive. Il nous est rétorqué que les normes de sécurité sont respectées, la seconde porte ouvrant sur la classe contiguë. Lorsque nous évoquons les paniques systématiques en cas de séisme, le président de la commission éducation de la Région nous répond que grâce aux appuis antisismiques de « leurs » constructions, il n’y a pas de panique car on ne sent même pas les tremblements de terre. Lorsque nous signalons l’évidence du bruit rabattu par l’espèce d’auvent supérieur et multicolore qui couvre tous les bâtiments, les coursives et la « rue » intérieure qui longe le bâtiment face à la mer, là encore on nous répond que nous ignorons ce dont nous parlons [8].

Les collègues qui « portaient » le projet du théâtre [9], se sont violemment opposés au projet proposé, contraire à leur demande d’une scène particulière. Il leur a été rétorqué qu’on leur offrait une scène modulaire qui pouvait se transformer, ce qui est vrai mais malgré cela qui ne répondait pas à leur demande. Toutefois on avait accédé à leur demande d’un lycée ouvert sur la ville puisque toute l’entrée, le théâtre et les espaces environnants offraient la possibilité de recevoir des visiteurs extérieurs. Les collègues en effet souhaitaient faire du lycée une plateforme qui permette à tous les artistes de disposer d’une petite scène, facilement accessible en Martinique, pour faire valoir leurs créations [10].

Enfin, le SNES fait remarquer l’exiguïté des logements de fonction qui deviennent tous des 3 pièces, ce qui freinera assurément les chefs d’établissement jeunes disposant d’une famille de deux à trois enfants.

Premiers coups de tonnerre.

Bref, cahin-caha, l’avant projet définitif puis le projet sortent de terre, en 2008, lorsque soudain la communauté scolaire du lycée Schœlcher apprend qu’une réunion s’est tenue à l’initiative de la Région, réunissant les chefs d’établissement des quatre lycées de Fort-de-France qui se tiennent quasiment côte à côte : le lycée de Bellevue, le lycée technique Joseph Gaillard, le lycée professionnel de Pointe des Nègres, et le lycée Schœlcher. Il s’agit de répartir les professeurs et les élèves sur ces établissements pour assurer la reconstruction du lycée Schœlcher, contrairement aux assurances maintes fois réitérées de laisser la communauté scolaire sur place pendant les travaux puisque ces derniers étaient très localisés, à l’écart des cours. On avait évidemment donné verbalement toutes les garanties sur le chantier, exemplaire en termes de qualité. Et voilà qu’on parle d’éparpiller la communauté scolaire sur trois établissements, pendant que la direction resterait sur le site.

Levée de boucliers des professeurs du lycée Schœlcher à l’initiative du SNES, dépôt d’un préavis de grève et l’affaire semble s’éteindre même si le représentant de la Région nous indique que le déménagement nous ferait gagner bien 2 à 3 ans sur le projet, qu’il mettrait donc plus vite la communauté en sécurité [11]. Arrive le dernier conseil d’administration de l’année scolaire 2008-2009. La représentante de la Ville, Elisabeth Landi, professeur d’histoire au lycée voisin Bellevue, rappelle que la ville n’a jamais été informée du projet de lycée, ce à quoi le représentant de la Région, Jean-Claude Soumbo, rétorque que la Ville découvrira au moins le projet au moment de l’examen du permis de construire. Elisabeth Landi informe dans le même temps le conseil d’administration qu’une procédure de classement du lycée avait été instruite à la demande d’Aimé Césaire, qui avait écrit au préfet en ce sens, et que la commission de classement doit se réunir au mois de juin. Jean-Claude Soumbo, pour la région, indique alors que le Président Marie-Jeanne a décidé que si la France veut classer son lycée, qu’elle le récupère alors !

Deuxième et troisième coups de tonnerre : une guerre politique éclate !

Ladite commission se réunit et propose le classement de toute la façade du lycée ainsi que le classement des autres bâtiments en arrière-plan.

Finalement, le permis de construire est déposé à la fin de l’année scolaire 2008-2009 et la presse se fait l’écho de difficultés qui surgirait du fait du PLU puisque c’est maintenant la Ville qui le délivre. Et puis, à la rentrée scolaire de septembre 2009, nous apprenons par la presse que le permis de construire a été refusé par la Ville de Fort-de-France au motif que le projet ne respectait pas le PLU [12].

Aussitôt, la Région se déchaîne, accusant le maire de Fort-de-France, Serge Letchimy, d’avoir torpillé le projet de la Région. Et le Vice Président de la Région, Marie-Sainte, indique qu’on va donc fermer le lycée soudain devenu dangereux et éparpiller les élèves sur les autres lycées fleurons de la Martinique. Ce à quoi le SNES du lycée lui répond dans une lettre ouvert que les élèves et les personnels ne quitteront pas leur établissement, l’année étant commencée et les examens arrivant. Nous rappelons aussi que cette campagne qui terrifie élèves et professeurs, s’inscrit dans une campagne électorale difficile pour la région et avec un opposant principal, le maire de Fort-de-France, et que Marie-Sainte, dauphin du président Marie-Jeanne, n’a aucune chance de le représenter aux prochaines régionales s’il n’arrive pas à se donner une position de challenger face à l’homme politique affirmé que constitue Serge Letchimy. Mieux, il s’agit d’abattre le seul obstacle pour tout le MIM tant pour le referendum sur le changement de statut institutionnel en janvier que pour les régionales en mars. Ces propos avaient pour but de rassurer la population, car en effet depuis de nombreuses années, du fait du manque de communication claire de la part de la Région sur la reconstruction du lycée Schœlcher, bon nombre de parents retirent précautionneusement leur enfant pour le mettre dans l’établissement privé confessionnel d’à côté [13].

Avant les vacances de la Toussaint 2009, le président de la commission éducation, Jean-Claude Soumbo réunit les professeurs pour les mettre au courant de la situation et relater l’histoire du rejet du permis de construire. En un mot, la ville de Fort-de-France a triché, fraudé et rejeté le permis sur des raisons spécieuses puisque l’article en question concernait les rénovations et non les reconstructions. A la question de savoir pourquoi dès lors le conflit ne se réglait pas en justice, notre interlocuteur nous répond que le Président Marie-Jeanne qu’un Nègre n’attaque pas un autre Nègre devant la justice, surtout française ! Le SNES du lycée répond en indiquant que les collectivités Région et Ville n’ont qu’à régler leur problème entre elles et nous donner les moyens de travailler.

L’autre syndicat du lycée, l’union CSTM-CGTM, campe sur des positions identiques à celles de la Région : il faut obliger la ville de Fort-de-France à laisser passer le projet de la Région.

Naissance d’un imbroglio stratégique

Serge Letchimy, le maire de Fort-de-France invite le SNES du lycée Schœlcher et les autres syndicats et associations de parents d’élèves peu avant la Toussaint. Le maire de Fort-de-France explique au SNES puis lors d’une réunion après la Toussaint qui réunit les personnels du lycée, qu’il n’a jamais eu d’attitude polémique à l’égard de la Région et qu’il n’a jamais cherché à profiter de la position que lui donnait la délivrance du permis pour nuire à la région. Simplement concernant le PLU incriminé, il produit un courrier de félicitation de la Région au PLU qu’il lui avait soumis. Par la suite, en découvrant le projet, la Ville a tenté d’entrer – en vain – en contact avec la Région et, une fois le permis refusé, elle a encore demandé à la Région la constitution d’une commission afin de trouver un terrain d’entente. Malgré trois demandes, la Région n’a jamais répondu.

Parallèlement Jean-Claude Soumbo, représentant la Région annonce qu’il n’est plus question de construire un 3ème lycée puisque les effectifs baissent. En effet, depuis le début 2008, nous pouvions percevoir dans son discours qu’il caressait l’idée de d’épargner à la Région la construction d’un nouveau lycée, considérant qu’avec la baisse d’élèves on pouvait même faire des opérations à tiroir pour rénover les lycées. Du coup il annonce de manière officielle que le lycée ne sera pas reconstruit et la Région demande au rectorat d’éparpiller élèves et professeurs sur tous les établissements de la Martinique, le lycée étant [soudain – ajout du rédacteur -] devenu dangereux.

Le SNES réplique en dénonçant un chantage inadmissible : d’une part élèves et personnels ne sont pas des pions qu’on déplace n’importe comment. D’autre part, le lycée Schœlcher représente une entité qui a sa raison d’être tant par son histoire que par sa place présentement. Enfin, nous rappelons qu’étant donné le faible niveau de passage de 3ème en 2nde, il suffirait que ce niveau augmente pour que la baisse envisagée de 500 élèves à la rentrée prochaine, et pour la dernière année, soit annulée. Et nous ne doutions pas de la volonté de la Région de faire progresser les « petits Martiniquais », expression dont elle se gargarise à longueur de phrases.

Le SNES en audience rectorale demande au recteur sa position sur les bruits qui courent. Il nous indique n’avoir rien reçu de la Région concernant le lycée Schœlcher mais qu’il s’opposera de toutes ses forces à la disparition du seul lycée connu à l’extérieur. Sans faire de politique, il pèsera de toutes ses forces pour que la folie ne l’emporte pas. D’abord il ne peut accueillir tous les élèves du lycée Schœlcher, ne disposant pas assez de place sur l’ensemble des établissements de l’académie. Tout au plus 1/3 pourrait être réparti sur les lycées voisins. Enfin il rappelle le courrier du SNES en confirmant qu’une amélioration du passage en seconde des élèves annulerait toute baisse des élèves en lycée. Comme en plus il s’agit de la dernière année de baisse, on devrait rapidement assister à une remontée des effectifs.

Vers la disparition programmée du lycée

Las ! Une ou deux semaines plus tard, nous apprenons que le recteur a réuni les chefs d’établissement pour proposer la suppression de la filière STG au lycée et son glissement sur le lycée technique Joseph Gaillard, ainsi que la suppression de 6 classes de seconde. Le chef d’établissement l’annonce au CA de transition réunissant les anciens et les nouveaux membres, le 6 novembre.

La semaine suivante il l’annonce au Conseil Pédagogique avec quelques précisions. Les conséquences de cette mesure sont énormes en termes de suppressions de postes. Le SNES Martinique décide de mobiliser et lance une pétition en direction des personnels et des parents, lors des réunions parents-professeurs de seconde et de première. En même temps, les élèves recevant l’information décident, en seconde et STG de se mobiliser.

Jeudi 26 novembre, les élèves bloquent le lycée et partent en cortège à l’assaut de la Région. Quelques professeurs se joignent à eux, dont les responsables du Snes. La manifestation est un succès par son exemplarité et par la couverture médiatique. Jean-Claude Soumbo reçoit une délégation de 15 lycéens accompagnés de deux représentants du SNES. L’audience dure 2 heures sans aucune avancée. Elle se termine du fait de l’arrivée d’Alfred Maire-Jeanne, le président de la Région qui va prendre la parole pour les lycéens. Il explique en effet aux élèves qui l’entourent pourquoi il n’était pas là et pourquoi il a décidé de fermer le lycée par sécurité. Un collègue ayant demandé au Président de Région pourquoi il ne peut pas rencontrer le maire de la Ville, on assiste à une explosion de colère ahurissante du premier personnage de la Région [14], reprise sur le site du SNES car diffusée par les deux chaînes ATV et RFO, où il s’attaque à Letchimy mais aussi aux profs qu’il accuse de manipuler les élèves. Après cette diatribe, le Président tourne les talons mais, quelque vingtaine de minutes plus tard on vient rechercher les responsables du collectif des élèves pour qu’il s’entretienne avec eux.

Campagne de mensonges dès le lendemain ou le surlendemain du Président de la Région Marie-Jeanne, en meeting politique au Robert où il prétend qu’un homme venu d’ailleurs [15], sa carte du PPM à la main lui a parlé de Letchimy et qu’il l’a envoyé ch….Il raconte aussi – et aussi sur les ondes – que les délégués des lycéens sont venus s’excuser alors qu’ils étaient en aparté avec lui, ce que les lycéens ont démenti. Les lycéens ont tenu à préciser qu’ils n’étaient pas manipulés par leurs professeurs et qu’ils n’appartenaient à aucun parti politique. Mais ils ont aussi dénoncé les mensonges du président de la Région.

L’UPEM, association des parents d’élèves dont certains de ses membres éminents semblent des permanents tout à la fois de la Région et de l’UPEM, vient faire une réunion au lycée où, en douce, certains menacent des délégués du collectif des élèves, tout comme un membre du SNES a été menacé par un des leurs à la Région pendant la manifestation des élèves.

Le mardi 1er décembre, le SNES organise une heure d’information syndicale pour informer les collègues et mettre en place un mouvement de réaction. La première étape sera une AG le lendemain, mercredi 2 décembre pendant la récréation de 9h30 pour informer les élèves et élargir le mouvement au lycée tout entier.

Entre temps, les professeurs avaient été réunis par le recteur le mardi 1er décembre à 17h30 pour entendre qu’il avait le couteau sur la gorge de la part de la Région, et qu’il avait tenté de négocier pour sauver le lycée de sa disparition programmée. Il avouait cependant son inquiétude à court terme pour les années n+1 et n+2.

Joe Arneton de l’UPEM vocifère sur les ondes réclamant la fermeture du lycée Schœlcher et demandant aux parents de ne pas inscrire leurs enfants à la rentrée prochaine au lycée Schœlcher.

Le mercredi 2 décembre, AG dans la cour du lycée, vite éclipsée sur RFO, aux infos du soir, par la réunion des parents à la demande du recteur. Cette réunion tourne court devant l’irruption d’un des membres de l’UPEM, Joe Arneton. Le recteur frappe sur la table, lui enlève le micro et les parents d’élèves – devant tous les médias – se retournent contre le perturbateur, l’accusant de politiser la situation.

KMT, chaîne de télévision déclare que l’AG dans la cour n’était qu’une prise d’otage des élèves, les professeurs ayant arrêté leurs cours à 9h25 – au lieu de dire que c’est à cette heure que commençait la récréation ; ATV ne parle pas de l’AG et se rabat sur l’incident à l’audience des parents d’élèves avec le recteur….

Samedi 5 décembre. CA du lycée Schœlcher. La ville arrive en force avec Johnny Hajjar, Carnot Luce et Jeannie Darsières. Le recteur s’annonce pour 10h30. Jean-Claude Soumbo est présent, 4 parents d’élèves (FCPE, PEEP, UPEM), le SNES au grand complet et la liste d’Union (CSTM et UGTM). Concernant l’avenir du lycée, malgré une longue discussion faisant intervenir le recteur, les parents d’élèves, les représentants de la Ville et les syndicats des professeurs, le représentant de la Région répète qu’il n’a rien à négocier. Il rappelle que le Président de Région a dit qu’il ne reconstruirait pas le lycée et que tout le monde sait qu’il fait ce qu’il dit. Le conseil d’administration se sépare sur ce constat.

Epilogue.

Ce dossier est tout de même édifiant.

Il montre d’abord que le travail fait par les gouvernements de gauche et de droite pour décentraliser les pouvoirs et les responsabilités politiques conduit à une situation de blocage. On en arrive à créer des monstruosités politiques.

Il témoigne aussi d’une prise de conscience très tardive de la communauté politique, à défaut de la société martiniquaise dans son ensemble de l’absence – et peut-être de la nécessité – d’une politique en matière de protection du patrimoine et de gestion de notre histoire. Alors que certains passent leur temps à ramener notre société et notre jeunesse au temps de l’esclavage, on s’aperçoit qu’il s’agit bien plutôt d’une tentative d’endoctrinement idéologique que d’une réelle volonté de s’ouvrir à l’avenir en marquant les traces de notre passé en construction perpétuelle puisque demain sera hier à son tour. Bien sûr on ne peut tout préserver de l’habitat marquant telle ou telle époque : il faut forcément faire des choix au risque sinon de ne plus évoluer, mais les prises de consciences des nécessités de conserver les traces de notre histoire – toute notre histoire sans en occulter tel ou tel aspect pour réécrire l’histoire qui nous déplaît – sont essentielles pour passer le témoin aux nouvelles génération et leur permettre de comprendre le présent à l’analyse du passé.

Au-delà de cet épisode, et alors que la sécurité devrait être l’axe majeur de la société civile et politique, on constate une désinformation et un cynisme ahurissant dans la gestion de la sécurité. Alors que bien des établissements scolaires restent sinistrés – bâtiments condamnés ou non – soudain le lycée Schœlcher devient le modèle de l’insécurité, pour les besoins d’un homme. Mais le plus sidérant est l’attitude des médias de notre pays. Jamais nous n’avons vu un spécialiste de l’éducation ou un syndicat majoritaire dans notre profession – en particulier dans le second degré, comme le SNES en particulier – interrogé dans une émission sérieuse à la télévision ou même à la radio, si ce n’est que dans des émissions d’une demi-heure. Tout cela montre bien que si une presse comme France Antilles s’efforce de tendre vers l’objectivité ou la pluralité, force est de constater que nos medias en général – nous excluons évidemment la presse politiquement orientée, ce qui est son droit – on encore un grand chemin à parcourir, à moins qu’ils ne faillent penser qu’ils sont noyautés et que seuls certaines voix y accèdent.

Enfin, les élèves et bien des citoyens martiniquais ont découvert avec stupéfaction que nous pouvions être dirigés par un despote. La conception du pouvoir qui émane des propos du Président du Conseil Régional, est ahurissante au 21ème siècle. On nous dira que le Président de la République actuel a aussi tendance à ouvrir la voie, mais tout de même s’il se laisse entraîner par ses propos et ses actes, il provoque des tollés politiques. Là, nous avons l’impression d’un personnage caricatural de dictatures du passé. La manière dont le premier personnage de la Région en use à l’égard d’une communauté d’élèves et de personnels tournés vers la réussite d’une fin d’année, l’inquiétude qu’il provoque dans cette communauté, la brutalités des attaques contre élèves et professeurs parce qu’ils osent dire ce qu’ils pensent a quelque chose de proprement inacceptable. Si le pays tolère ce type d’attitude, c’est qu’il est loin d’être sur la voie d’un pays moderne et démocratique : il glisse vers la tyrannie et l’absolutisme. C’est la raison pour laquelle un sursaut de tous les démocrates est nécessaire.

C’est dans cette situation que se trouve pris le lycée Schœlcher et sa communauté. D’une part on ne peut non plus évacuer le désir pour une certaine partie des gens au pouvoir à la Région d’éliminer un « lycée de mulâtres » comme le disait un syndicaliste de la CSTM du lycée voisin de Bellevue, se réjouissant de ce qui risque d’arriver.

On ne peut non plus évacuer l’idée pour la Région de se débarrasser d’un nid de guêpes syndicales puisque le lycée Schœlcher concentre toute la rébellion contre les abus de pouvoir des collectivités – mais aussi de l’Etat via le rectorat - : or ces collectivités n’ont pas tant que cela l’habitude de voir les syndicats s’opposer à elles. Les syndicats d’enseignants ont plutôt tendance à protéger la Région et le Département et à faire bloc avec ces deux collectivités. Politique, quand tu nous tiens !...

En même temps, le projet de reconstruction du lycée Schœlcher avait vu le jour au moins sous forme de maquette et la construction se mettait sur les rails. Que s’est-il réellement passé ? Le refus du permis de construire a soulevé un cataclysme qui ne nous semble pas proportionné au problème véritable….à moins que certains éléments du dossier – occultes – nous échappent. Il n’est cependant pas acceptable que deux des édiles les plus importants du département n’arrivent pas à se mettre à dialoguer pour le bien de la Martinique. Or le Président Marie-Jeanne, même s’il prétend avoir fait une colère qui le méritait, a semblé une sorte de dictateur inutilement agressif et incontrôlé, le contraire d’un homme auquel on confierait les destinées d’un pays.

Qu’un lycée prestigieux puisse dépende de l’humeur d’un seul homme a de quoi surprendre. Cela se passe pourtant en Martinique, au XXIème siècle, et en pleine préparation d’un référendum voulu par ce même président pour donner plus de pouvoir à la Région.

Yvon JOSEPH-HENRI Secrétaire académique adjoint du SNES Martinique Secrétaire adjoint de la section SNES locale du Lycée Schœlcher

P.-S.

Retrouvez les différentes annexes à l’article dans le pdf joint : Communiqués de presse – articles de presse – textes et contributions diverses – rapports commission communale de sécurité – Budget primitif de la région pour 2010 – lettre aux élus

Notes

[1] Implanté à Saint Pierre, il a été reconstruit à la suite de la catastrophe. Le pensionnat de jeunes filles n’allant que jusqu’en seconde, les jeunes filles qui voulaient poursuivre des études étaient contraintes de se rendre au lycée Schœlcher.

[2] La Rue Cases Nègres de Joseph Zobel immortalise le lycée Schœlcher lieu de promotion des petits martiniquais que les parents voulaient sortir de la misère de la canne, et dont ils voulaient permettre l’émancipation. La France apparaissait alors comme le pays de droits de l’homme et de l’égalité des chances. Aller au lycée pour les enfants de milieu pauvre ou même modeste représentait un sacrifice pour la famille mais souvent aussi pour l’enfant.

[3] MIM : Mouvement Indépendantiste Martiniquais

[4] CSTM : Confédération Syndicale des Travailleurs Martiniquais

[5] UGTM : Union Générale des Travailleurs Martiniquais

[6] 80% des établissements scolaire de la Martinique, de la maternelle à l’université, risquent de disparaître parce qu’ils sont vétustes, non entretenus. Seront aussi en grande difficulté : la caserne des pompiers, l’aéroport et l’hôpital de la Meynard, le grand hôpital de Fort-de-France…

[7] Les révolutionnaires purs et durs ainsi que toute la nouvelle génération post Zobel voire post Césaire, raillaient le discours sous-jacents de Zobel qu’ils qualifiaient d’assimilationniste, lui opposant Frantz Fanon qui mettait en évidence le hiatus selon lui entre le masque blanc que les noirs tentaient de se donner alors que par la couleur de leur peau ils restaient noirs. Du coup, le mulâtre, qui correspondaient aux « échappés », ceux qui avaient été sauvés de la couleur noire apparaissait comme celui qui portait historiquement toute la haine des noirs puisqu’il représentait souvent le blanc auquel il tentait, dit-on, de s’assimiler et utilisé comme contremaître. Il reste que vouloir véhiculer une haine séculaire dans un présent fondamentalement différent témoigne soit de blessures d’un autre ordre, soit de frustrations récurrentes, soit encore d’une posture sciemment agressive en concordance avec des préceptes d’organisation révolutionnaires gauchistes.

[8] L’erreur est humaine et qui pourrait penser que personne n’en fait serait un fou ou un menteur. Cependant si l’on arrive à calculer des angles de tir minutieux pour les navettes spatiales, notamment pour leur retour sur terre, c’est à la fois par souci de rigueur et correction des erreurs précédentes. Or, en matière de bâti scolaire il semble qu’on ne tire aucun enseignement des erreurs commises. Ainsi le collège de Morne des Esses a nécessité des fondations qui en font le collège le plus cher de la Martinique ( et sans doute de toute la France) pour une population scolaire particulièrement réduite. On constate que celui du Diamant, autrement réitère le même problème. Simplement plutôt que de le surélever, on l’enfonce pour trouver les couches solides. Tout cela par manque de rigueur et de préparation des projets. Le lycée de Ducos est un modèle de bruit et de chaleur, sans compter qu’il est déjà depuis longtemps trop petit pour accueillir la population scolaire qui frappe à sa porte. Celui de Bellefontaine, agréable dans sa distribution a vu son câblage oublié malgré les rappels du SNES ce qui crée des discontinuités dans un réseau qui devrait couvrir tous les bâtiments. Heureusement que le Wifi existe maintenant…

[9] Le lycée Schœlcher est le seul établissement de la Martinique à offrir l’option « théâtre ». Il dispose d’un petit théâtre aménagé à cet effet qui permet aux professeurs à la fois de faire des cours et de représenter les pièces travaillées par les élèves.

[10] L’idée était louable mais dangereuse : tous les établissements que l’on a ouvert au public ont rencontré des difficultés avec l’occupation des salles et des équipements. Cela n’interdit cependant pas de réitérer les expériences mais le défaut de la manière dont la consultation de la Région sur les demandes des professeurs a été conduite est qu’elle a permis aux concepteurs d’entendre les besoins de chaque catégorie de professeurs, selon sa discipline, mais jamais d’élaborer une réflexion d’ensemble, et l’on a découvert l’établissement et les conséquences des choix de ses concepteurs qu’une fois le projet fini et ficelé. Faut-il s’étonner qu’il soit critiquable et critiqué ? Certains d’entre nous ont connu des reconstructions qui ont donné lieu à des résultats unanimes. Mais les méthodes et les fonds n’étaient pas les mêmes, l’expérience et le savoir-faire sans doute aussi des concepteurs et des donneurs d’ordre n’avaient rien de commun.

[11] Cette notion de sécurité est évidemment utilisée par la Région lorsque cela l’arrange. Lorsqu’en 2004 nous réclamons la fermeture d’un bâtiment, le G, parce qu’il nous paraît insalubre et dangereux, une conseillère régionale, Marie-Hélène Léotin – agrégée d’histoire et de géographie, professeur au lycée Frantz Fanon de Trinité - vient nous la jouer copains en compagnie du représentant de la Région, Jean-Claude Soumbo. Il s’agit de nous convaincre de rester un peu plus longtemps – une année…ou deux ! – dans ce bâtiment G.

[12] PLU : plan local d’urbanisme

[13] Le lycée Schœlcher est passé de 1500 élèves en 2000 à 1100 et quelques élèves en décembre 2009.

[14] http://www.dailymotion.com/video/xb... et http://www.dailymotion.com/video/xb...

[15] Allusion au génocide par substitution sur lequel le MIM et les indépendantistes basent leur propagande pour cristalliser et crisper la population en l’incitant au rejet du blanc.

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